Leonora Bisagno &

Bruno Baltzer

Lussemburgo, 1977

Le dessous des cartes | 2014

Le dessous des cartes, 2014
(Le dessous des cartes)
(mixed media)
Foto: Studio Vesotsky


 

LE DESSOUS DES CARTES

 

solo exhibition at Phakt, Centre culturiel Colombier, Rennes (F), curator: L'Œil d'Oodaaq

 

Leonora Bisagno s'attache à interroger les systèmes de représentation et les mécanismes qui leur sont sous-jacents. Dans un habile jeu de détournement et de correspondances, elle se plaît à court-circuiter ce que nous percevons comme des évidences. Dans ce dessein, elle place le regard comme point de départ de ses recherches, sous condition qu'il soit empreint de curiosité et d'une grande sensibilité. Leonora Bisagno regarde, attentivement et longtemps, jusqu'à ce que les images - un peu comme ces mots que l'on répète trop souvent à suivre - se déforment, s'ouvrent, et révèlent toute leur étrangeté.

 

L'artiste a recours à de nombreuses techniques : elle collecte, découpe, fragmente, isole, décontextualise, agrandit ou rétrécit, puis associe, assemble et réagence autrement les éléments ainsi obtenus. Tous ces gestes visent à décortiquer et déconstruire l'organisation interne des représentations, et à nous les exposer sous un angle inédit et imprévu.

 

Pour Le Dessous des cartes, Leonora Bisagno s'intéresse à la question des territoires et aux projections que nous en faisons, confrontant notre ressenti à la rigueur prétendument objective de la cartographie.

On peut définir la cartographie comme étant "une simplification de phénomènes complexes afin de permettre une compréhension rapide et pertinente". Elle s'effectue en deux temps : la "collecte des informations", puis la "conception graphique (les symboles, les icônes), l'assemblage et le renseignement (la légende)".

Ce processus d'élaboration des cartes se rapproche sensiblement de la pratique artistique développée par Leonora Bisagno : collectionner, transformer, assembler. Sauf que l'artiste le prend à rebours, afin d'en dévoiler le fonctionnement, d'en interroger les codes et la matérialité et d'en élargir les potentialités. Elle s'approprie ainsi les territoires que les cartes tentent de représenter et leur confie une charge sensible et poétique inédite.

 

Le Dessous des cartes combine des travaux existants avec de nouvelles productions qui invitent à découvrir la carte du monde subjective que l'artiste trace le long de son parcours artistique. 

 

Avant de pouvoir s'approcher des travaux accrochés au mur, le spectateur est invité à marcher sur un sol d'ardoises de coloris et de textures variées. Nuances propose ainsi une expérience sensorielle, et notamment sonore, très forte, qui s'oppose à l'objectivité des cartes tout en gardant un même principe de vue en plongée. L'œuvre renvoie à l'histoire de la Bretagne et aux multiples carrières de schiste présentes à une certaine époque, mais aujourd'hui presque toutes épuisées. Les ardoises proviennent majoritairement de la Galice, une région au nord-ouest de l'Espagne dont les paysages évoquent fortement ceux de nos régions. Nuances devient dès lors une réflexion sur la notion de déplacement géographique et la mutation de nos territoires.

 

Pour Paesi vari, Leonora Bisagno a découpé des pays sur des cartes politiques, puis en expose le revers. Avec ce geste très simple mais fort, elle rend compte de l'absurdité de certains tracés de frontières, dessinés arbitrairement par les nations au pouvoir, témoignant de leurs intérêts économiques plutôt que du respect des peuples, cultures et ethnies vivant sur ces territoires.

 

URSS 76 vient faire écho à ce travail en combinant des photographies tirées d'un guide touristique de l'ancienne Union Soviétique, paru en 1976 en langue anglaise. Les images sont présentées à la fois individuellement et assemblées sur le mode du patchwork, ce qui résonne avec la pluralité et la complexité de ce territoire qui rassemblait en ses frontières plus de 100 nationalités et ethnies différentes. L'œuvre vient ainsi contredire la prétendue homogénéité de l'URSS et creuse les idéologies opérantes dans les images de propagande.

 

La série des Paesaggi vari se compose d'agrandissements de légendes cartographiques, qui les transforment en informations colorées abstraites et autonomes. L'artiste rend ainsi compte des écarts qui se creusent entre la représentation et leur objet, alors qu'en même temps, la trame de l'impression les rapproche paradoxalement de la matérialité géologique ou végétale qu'elles sont censées représenter.

 

Dans Terres, Leonora Bisagno crée sa propre légende concrète : des prélèvements minéraux, des pigments ferreux, viennent se fixer sur des plaques aimantées afin de se figurer eux-mêmes. La fragilité de l'œuvre et la délicatesse du geste artistique viennent contrebalancer le minimalisme de ce qui est signifié.

 

Weltbild se compose de petites cartes uniques accueillant chacune un découpage tiré d'un atlas photographique du monde. De cet échantillonnage du monde, vu à travers le prisme de l'appareil photographique, Leonora Bisagno extrait de petits fragments, nous invitant à poser un regard plus attentif sur ce qui nous entoure. Son geste fait basculer certaines images dans une abstraction ouverte aux interprétations du spectateur. Les cartes manquantes ont été offertes par l'artiste à des personnes choisies. Basée sur un principe d'interaction et de partage, l'œuvre se disloque ainsi progressivement afin de se répandre de nouveau dans le monde dont elle proviennent.

 

Plusieurs œuvres vidéo de l'artiste viennent introduire un univers plus intime dans l'exposition, et l'histoire (avec un h minuscule) dans l'Histoire (avec un H majuscule). Elle procède ici aussi par extraction de fragments, dans lesquels chaque geste, chaque signe, aussi fugace et délicat soit-il, est chargé de sens profond et vaut pour un tout.

Tug of War et Der Tiergarten, filmés en Super 8, sont des films d'époque qui appartiennent à l'histoire familiale de l'artiste. Tug of War met en scène un jeu d'enfant populaire, le tir à la corde. Dans son montage, l'artiste n'a gardé que le moment juste avant le déploiement de la force des deux groupes s'opposant. Elle les fait évoluer ainsi dans une éternelle tension qui n'est pas sans évoquer la situation politique de cette époque de la guerre froide. La vidéo Der Tiergarten nous propose quant à elle un tour du monde par procuration : tous les continents se trouvent réunis au sein d'une même enceinte, le zoo. 

Lullaby est une video plus récente, dans laquelle nous voyons une silhouette se balancer de gauche à droite, berçant le spectateur par son mouvement continu. Encore une œuvre qui renvoie à l'univers de l'enfance, époque à laquelle nous découvrions le monde, mais ce à travers un regard en contre-plongée et donc plus subjectif et sensible que celui que nous posons aujourd'hui sur les cartes et mappe-mondes.

 

Une projection d'art vidéo a lieu le soir du vernissage de l'exposition, avec des œuvres tirées du fond vidéo de l'Œil d'Oodaaq. L'association a proposé à l'artiste une expérience de regards croisés, et l'a invitée à concevoir une sélection de vidéos qui rentrent en résonance avec son travail plastique.

Le dessous des cartes, 2014
(Le dessous des cartes)


Le dessous des cartes, 2014
(Le dessous des cartes)


Le dessous des cartes, 2014
(Le dessous des cartes)


Le dessous des cartes, 2014
(Le dessous des cartes)


Le dessous des cartes, 2014
(Le dessous des cartes)


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